La vie de mon village

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2 décembre, 2009

Pierre Guénachère

Classé dans : — Antoine RUIZ @ 21:37

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Analyses bibliographiques d’ALAIN BELMONT

« La pierre à Pain : les carrières de meules de moulins en France, du Moyen Age à la Révolution Industrielle » Thèse de doctorat Université de Grenoble, publiée par les Presses Universitaires de Grenoble.

 L’histoire de la meunerie médiévale est en train de passer par la même phase de bouleversement que la meunerie antique. Jusqu’à la fin du XX° siècle, la communauté des historiens a suivi la voie ouverte par Marc Bloch en 1935 : l’Europe en général et la France en particulier n’auraient été couvertes d’un « blanc manteau » de roues à aubes et d’ailes entoilées qu’à partir du tournant de l’An mille, lorsque la société féodale se mit en place ; les seigneurs désirant accroître leurs gains par le biais des moulins, en auraient construits partout et auraient contraint les paysans à les fréquenter moyennant redevance. Ce schéma fut repris par des générations de ruralistes.  Mais durant ces toutes dernières années, une série d’enquêtes régionales est venue nuancer puis infirmer l’hypothèse du père de l’école des Annales. « Supposer pour l’Europe occidentale, de la fin du V° siècle à l’an 800, l’existence de quelques dizaines de moulins seulement, alors que la période des incursions normandes, sarrasines, hongroises au IX°-X° en aurait créé des centaines, et le XI° siècle plus d’une dizaine de milliers, estime Dietrich Lohrmann, « revient à confondre les dates de la première mention avec celles de la première construction d’un moulin ». Le 5e congrès international d’archéologie médiévale en 1996, puis en 1999 les 21e Journées d’Histoire de l’abbaye de Flaran, ont été l’occasion de faire le point des dernières avancées en utilisant notamment les nombreuses découvertes archéologiques. 

             

Les meulières villageoises Saint-Emiland est un village du Morvan, à deux pas d’Autun et du Creusot. Bien des voyageurs passent au pied de son clocher mais sans jamais s’y arrêter, faute de gare sur la ligne TGV. On voudrait pouvoir tirer pour eux le signal d’alarme, leur dire de faire halte, ne serait-ce que le temps d’entendre le récit des légendes qui emplissent ce lieu. L’une d’entre elles raconte qu’un jour, un miracle se produisit dans les bois, tout près d’une fontaine sacrée. Alors qu’une famine sévissait au village, emportant jour après jour les plus pauvres dans la mort, les habitants de Saint-Emiland s’y rendirent pour implorer Dieu de leur venir en aide. Après bien des prières, leur vœu fut exaucé. Du ciel tomba une pluie bienfaisante, non pas de gouttes d’eau mais de beaux pains tout chauds. Un, deux, trois, quinze, cent : tout un tas se trouva bientôt là, amoncelé en plein centre du bois. À la désolation succédèrent rires et joie ; ce soir-là on dansa au son des violons, en mordant à pleines dents les miches providentielles. Les ventres bien remplis, on décida pour remercier le ciel de consacrer les pains qui n’avaient pas été consommés. Alors survint un deuxième miracle. Mie et miettes se muèrent en pierre, se regroupèrent et formèrent un gros rocher ponctué ça et là des plus jolies couronnes. La Pierre aux Pains de Saint-Emiland Ce rocher existe toujours, à cent mètres environ de la fontaine sacrée. Les uns l’appellent la « Pierre des Pains », les autres la « Pierre Guénachère ». Peut-être l’avez-vous deviné ; en fait de pains, ce que les gens d’antan trouvèrent dans les bois furent des meules de moulins. Plus qu’à une intervention divine, on doit à l’érosion l’apparition de cette meulière morvandelle. Au cours des millénaires, l’eau fluant de la source miraculeuse finit par entailler un banc de grès conglomératique épais de quelques mètres. Ce banc affleure sur les bords du plateau, tandis qu’aux endroits où l’érosion a le plus travaillé, sur les pentes et au fond du vallon, il ne subsiste plus que sous la forme de blocs isolés. La Pierre Guénachère est l’une de ces roches solitaires. Elle apparaît sur les flancs du coteau et légèrement basculée vers l’avant, ce qui accentue son aspect à la fois monumental et incongru, même si ses dimensions restent assez modestes — trois mètres de long, deux de large et autant de hauteur. Vue de loin, on la prendrait pour un petit toit de chaumière ou pour un grand couvercle de sarcophage romain. Mais vue de près, le doute n’est plus permis. Sur les pentes du « toit » apparaissent d’un côté trois empreintes et une ébauche de meule, de l’autre côté une magnifique ébauche taillée en plein centre du rocher. Mètre en mains, on comprend mieux l’origine de la légende des pains. En effet, les ébauches ressemblent à s’y méprendre aux grandes couronnes que vendent les boulangers de campagne ; elles en ont la forme et presque la taille, avec leurs 12 cm d’épaisseur pour 83 à 87 cm de diamètre. Malheureusement, la tradition n’indique pas en quelle année cette fournée un peu particulière fut pétrie. Les dimensions réduites des meules renvoient à une époque antérieure à la Renaissance, peut-être au haut Moyen Âge. 

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Dauphinoise et non plus bourguignonne, la Pierre Merlière ressemble comme une  sœur jumelle à la Pierre Guénachère. Gros morceau de conglomérat abandonné par les glaciers de l’ère quaternaire, elle se présente sous la forme d’un rocher isolé, posé à flanc de montagne et sur le bord d’un chemin. Comme à Saint-Emiland, la Pierre Merlière n’a pas manqué d’exciter les imaginations. La carte IGN l’honore d’une étoile rouge est en fait un dolmen… origine du dolmen de La Cousty]. « Plus Imaginatifs, les habitants de La Motte-d’Aveillans, un village voisin, ont vu en elle un autel des druides ou le sein pétrifié d’une femme gigantesque; il est vrai qu’avec son ébauche de meule érigée au sommet, la ressemblance avec un mamelon de chair est assez frappante! La Pierre Guénachère et la Pierre Merlière constituent deux exemples tout à fait caractéristiques des meulières locales. Leur taille réduite et le petit nombre de meules qui en ont été tirées – dans un cas cinq, dans l’autre quatre ou guère plus – sont à mettre en rapport avec un marché étriqué, réduit aux moulins d’à-côté. 

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