La vie de mon village

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2 décembre, 2009

Les Sarrasins

Classé dans : — Antoine RUIZ @ 23:42

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Toute L’HISTOIRE

 

(Année 725) – Livre VIII – XIX – Nouveau ravages des Sarrasins.

  L’ancien auteur qui rapporte cette expédition d’Ambiza dans la Septimanie, et qui assure que ce général conquit tout le pays depuis Carcassonne jusqu’à Nîmes par des voies de paix, ne dit pas s’il prit cette dernière ville. Il parait cependant très vraisemblable qu’elle retomba alors sous la puissance des Sarrasins, supposé que ces infidèles l’eussent déjà prise sous le général Zama, comme il y a lieu de le croire. Les Sarrasins ne bornèrent pas là leurs conquêtes dans les Gaules durant cette campagne. Ambiza ou plutôt un détachement de son armée remonta le long du Rhône et de la Saône, entra en Bourgogne, pénétra jusqu’à Autun, fit le siège de cette Ville et la prit à un Mercredi 22 du mois d’Août de l’an 725. Les infidèles l’abandonnèrent ensuite après l’avoir saccagée et ruinée, et en avoir remporté de riches dépouilles.   C’est à cette irruption qu’il faut rapporter la plupart des ravages que les Sarrasins firent en Bourgogne a la droite de la Saône et du Rhône où ils où ils portèrent le fer et le feu, et en particulier la désolation de l’abbaye de Bèze qu’ils ravagèrent pour la troisième fois la même année qu’ils détruisirent !a ville d’Autun. Il y a lieu de croire que ce fut alors qu’ils assiégèrent la ville de Sens sous l’épiscopat de saint Ebbon, prélat également recommandable par son courage et sa vertu, qui les obligea de se retirer après avoir fait une vigoureuse sortie sur eux et les avoir battus.

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On prétend que les Sarrasins firent encore de plus grands progrès durant cette irruption ; qu’ils s’emparèrent du Rouergue et de I’ Albigeois ; qu’ils ravagèrent le Quercy et le Périgord qu’Eudes duc d’Aquitaine à qui tous ces pays appartenaient, aient marché à leur rencontre, les attaqua, leur livra une seconde bataille aussi sanglante que la première, et les défit entièrement ; et qu’enfin il reprit sur eux toute la partie de ses états dont ils s’étaient déjà emparez. Mais tous ces faits ne sont appuyez que sur des conjectures fort incertaines : et il parait qu’on a confondu cette nouvelle défaite des Sarrasins par Eudes avec celle de ces infidèles devant Toulouse par le même duc cinq ans auparavant. Nous n’avons en effet aucun monument qui prouve qui Ambiza ou les Sarrasins aient porté leurs armes en Aquitaine durant l’année 725 et s’il est vrai que ces infidèles ne se soient jamais rendus maîtres de l’Albigeois et du Rouergue, ce fut sans doute durant quelque autre irruption. Il est cependant assez vraisemblable qu’Eudes se nuit en état d’arrêter les progrès d’Ambiza qui avait porté la guerre sur les frontières de ses états ou dans ses états mêmes, supposé que les villes de Carcassonne et de Nîmes furent alors soumises à sa domination, comme on peut le conjecturer. Ce duc peut donc avoir marché contre ce général Arabe et l’avoir battu; car nos anciens historiens font entendre qu’Ambiza prit la route de l’Espagne d’abord après son expédition de Nîmes, et que sa marche avait plutôt l’air d’une fuite que d’une retraite ; ce qui fait voir que la suite de son entreprise ne répondit pas au commencement : mais les mêmes historiens nous en ont laissé ignorer les circonstances.   

(Année 725) – Livre VIII – XX – Retraite et mort d’Ambiza.

 Ce qu’il y à de vrai, c’est qu’Ambiza aient repris la route de l’Espagne, mourut en chemin dans la cinquième année de son gouvernement ou vers la fin de l’an 725. Avant que d’expirer il substitua par provision à sa place, en attendant que le calife lui eut nommé un successeur, le capitaine Hodera, qui après sa mort, prit le commandement de l’armée et la ramena dans ses quartiers.    Jahic successeur d’Ambiza arriva peu de temps après, et prit possession du gouvernement de l’Espagne et de la Septimanie : ce nouveau gouverneur, homme ferme et résolu, fit extrêmement respecter son autorité. Plus équitable que son prédécesseur, il fit rendre aux chrétiens plusieurs choses dont ils avoient été dépouillez par les Sarrasins contre la foi des premiers traitez et des édits de paix. Deux ans et demi après (an 728), c’est-à-dire dans la troisième année du gouvernement de Jahic, le gouverneur d’Afrique pour les Sarrasins de qui dépendait le gouvernement d’Espagne, l’envoya relever par Codoyffa. Celui-ci n’entreprit rien de considérable, soit parce qu’il était naturellement inconstant, soit parce que son gouvernement ne dura que six mois. Celui d’Otsman ou Attuman son successeur, qui ne gouverna que quatre mois, aient été encore plus court, les Sarrasins demeurèrent dans l’inaction pendant cet intervalle et ne tentèrent de nouvelles entreprises sur les Gaules que sous le gouvernement d’Alcuta, que d’autres appellent Haittan, successeur d’Attuman. 

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(Année 732) – Livre VIII – XXVI – Bataille de Poitiers. Défaite des Sarrasins par Charles Martel.

  En effet ces infidèles après avoir ravagé le Périgord, la Saintonge, l’Angoumois et le Poitou, massacré un grand nombre de chrétiens, pillé et brûlé l’église de saint Hilaire dans les faubourgs de Poitiers, étaient sur le point de pousser leurs ravages jusqu’à Tours, ville du domaine de Charles Martel , dans l’espérance de s’enrichir du pillage de la célèbre église de S. Martin, lorsque ce prince oubliant les sujets de querelle qu’il avait contre Eudes, résolut de le secourir et de faire tous ses efforts pour traverser les desseins des infidèles. II forma une puissante armée des troupes qu’il leva à la hâte dans les trois royaumes de Neustrie, d’Austrasie et de Bourgogne ; et après avoir passé la Loire, il marcha contre Abderame, le rencontra aux environs de Poitiers, et l’empêcha de passer outre.   Les deux armées demeurèrent en présence durant sept jours sans faire aucun mouvement, et se préparèrent pendant ce tems au combat qui devait décider de la destinée de toute la France. L’action s’engagea un Samedi du mois d’Octobre de l’an 732. Le choc fut d’abord très violent des deux cotez ; mais enfin la victoire, après avoir balancé quelque tems, commença à se déclarer en faveur de Charles. Les soldats du Nord suivant l’expression d’un auteur contemporain, plus forts, plus robustes et mieux disciplinez que ceux du Midi l’emportèrent aisément sur ces derniers ; en sorte qu’on vit les François semblables à ces murs épais dont les pierres sont extrêmement bien liées (c’est la comparaison du même historien) combattre toujours sans pouvoir être jamais ni ébranlez ni séparez et se faire jour â travers les bataillons Arabes dont ils firent un carnage affreux. Abderame général de ces infidèles aient été tué sur la place, la victoire acheva de se déclarer entièrement en faveur de Charles. Les Sarrasins continuèrent cependant de se défendre avec beaucoup d’acharnement et disputèrent le terrain pied à pied; et il n’y eut que la nuit qui put séparer les combattants. Chacun se retira alors dans son camp, mais avec une contenance bien différente ; les François l’épée à la main, encore fumante du sang de leurs ennemis ; et ceux-ci honteux de leur défaite, et consternez de la perte de leur général. 

 

  Les Sarrasins se votant extrêmement affaiblis par le nombre prodigieux de leurs morts qui étaient demeurez étendus sur le champ de bataille, prirent le parti de décamper à la faveur de la nuit. Ils laissèrent en partant leurs lentes toutes dressées pour dérober leur fuite aux François. Charles ne s’aperçut pas en effet de leur retraite, et il se disposait le jour suivant à livrer de grand matin un nouveau combat à ces infidèles, quand il apprit par des espions qu’ils s’étaient relirez. Ce prince parut d’autant plus mortifié de leur retraite, qu’il se flattait de remporter sur eux une nouvelle victoire. Il balança d’abord s’il devait les poursuivre; mais dans la crainte qu’il eut de quelque feinte ou de quelque embuscade de leur part, il se contenta de piller leur camp, et après en avoir partagé les dépouilles à ses soldats, il décampa et repassa la Loire. 

  C’est le récit fidèle qu’un auteur grave et contemporain nous a laissé de cette fameuse journée. Quelques auteurs ajoutent qu’Eudes duc d’Aquitaine s’étant joint aux François, se trouva à cette action, et qu’il y fit des prodiges de valeur, mais ce fait nous parait un peu douteux, et nous croyons qu’on a confondu avec cette bataille la défaite des Sarrasins devant Toulouse par ce duc. 

  D’autres historiens accusent Eudes d’avoir appelé les Sarrasins en France dans cette occasion pour s’en servir contre Charles Martel son ennemi, comme nous l’avons déjà dit, et font par là retomber sur lui tous les maux que ces infidèles causèrent alors dans le royaume, mais le simple récit que nous venons de faire, suffit pour détruire cette fable Nous savons d’ailleurs que les anciens Annalistes Austrasiens, adulateurs perpétuels des ancêtres de Charlemagne, n’ont rien omis pour rendre ce duc odieux à la postérité parce qu’il était ennemi de Charles Martel et de sa famille. Peut-on en effet se persuader qu’Eudes ait été capable de travailler à sa propre ruine pour attirer celle de son ennemi ? 

  Plusieurs circonstances que quelques auteurs rapportent de la défaite des Sarrasins à la bataille de Poitiers ne paraissent pas moins fabuleuses ; entr’autres celle du nombre prodigieux de trois cens soixante quinze mille de ces infidèles qu’on prétend avoir été tuez dans cette action, sur l’autorité de Paul Diacre et d’Anastase bibliothécaire qui ont confondu cette bataille avec celle qu’Eudes livra au général Zama devant Toulouse onze ans auparavant. Pour rendre celle circonstance plus vraisemblable, on ajoute qu’on doit comprendre parmi ce grand nombre de morts les femmes, les enfants et les esclaves que ces peuples avoient amenez avec eux dans la vue de s’établir dans les Gaules, mais un de nos, plus célèbres historiens a fait voir que dans l’irruption dont nous parlons, il n’y eut que les seuls soldats d’Abderame qui passèrent en deçà des Pyrénées, et qu’ils n’avoient aucun dessein de s’établir dans les Gaules, mais seulement d’en piller et ravager les provinces. 

 Bataille de Poitiers (732) 

La bataille de Poitiers appelée aussi « bataille de Tours », et « bataille du Pavé des martyrs »par les historiens arabes, est une victoire de Charles Martel, maire du palais du royaume franc, sur les musulmans d’Abd el RahmanCette victoire importante a un retentissement immédiat, tant du côté chrétien que du côté musulman ; elle est devenue à partir du XVIe siècle un symbole de la lutte de l’Europe chrétienne face aux invasions musulmanes. 

Du côté des auteurs latins des VIIIe et IXe siècles, les sources sont assez nombreuses, proches de l’évènement, et exceptionnellement détaillées pour l’époque. Ceci signale que, dès le VIIIe siècle, la bataille a du être considérée comme importante[2]. On peut citer Bède le Vénérable en 735, la chronique de Moissac ainsi que les Annales de Metz qui mentionnent l’événement, en des termes brefs et similaires, rappelant que « Charles combattit les Sarrasins un samedi du mois d’octobre ». Le seul récit détaillé se lit dans la Chronique mozarabe, au milieu du VIIIe siècle, dans lequel l’auteur, un anonyme chrétien de Cordoue, raconte la bataille de 732 et donne pour cause de la défaite, des dissensions au sein des Maures. Le récit de la bataille de Poitiers se situe entre les défaites arabes de Toulouse (721) et de Narbonne (737)[3]Quelques chroniques arabes mentionnent l’évènement, la principale étant celle d’Abd al-Hakam, en 861, et des chroniques andalouses. Les trois expéditions de 721 devant Toulouse, 732 (ou 733) et 737 devant Narbonne apparaissent comme des défaites. Les allusions arabes à cette bataille sont très sèches et précisent simplement que Abd er-Rahman et ses compagnons « ont connu le martyre ». 

Au début du VIIIe siècle, les musulmans d’Afrique du Nord, majoritairement des Berbères islamisés[4], ont envahi en 711 l’Espagne, puis la Septimanie, partie du royaume wisigothique qui avait échappé aux conquêtes des fils de Clovis, y compris Narbonne. Les Maures d’Afrique du Nord sont en pleine période d’expansion : outre l’Espagne et la Septimanie, ils débarquent en Sicile, conquise en 720, la Sardaigne, la Corse et les Baléares suivent en 724.  Les gouverneurs à la tête de la Septimanie lancent alors des expéditions ponctuelles — ghazwa — en Gaule pour s’emparer de butin. Le duc franc d’Aquitaine Eudes se retrouve en première ligne. En 721, il parvient à leur faire lever le siège de Toulouse. Mais quelques années plus tard, il s’allie à un chef musulman, un certain Munuza[5]. Celui-ci tente de se constituer une principauté indépendante en Cerdagne[6] mais son maître ‘Abd el Rahman, nommé gouverneur de Cordoue en 730, ne l’entend pas ainsi. Il dirige une expédition punitive contre Munuza, qui est battu et tué. Le gouverneur omeyyade de l’Espagne s’attaque aussi à Eudes d’Aquitaine, le soutien du rebelle. Il s’enfonce donc à l’intérieur des terres franques. Au nord de la Loire, le maire du palais Charles Martel rassemble sous son autorité les royaumes francs, et bat Rainfroy, allié d’Eudes. Il lance également une expédition pour soumettre l’Aquitaine l’année précédant la bataille de Poitiers : Eudes se retrouve donc pris entre deux feux. 

Armée musulmane 

Menée par le gouverneur arabe Abd al-Rahman ibn Abd Allah al-Rhafiqi, l’expédition lancée sur la Gaule est constituée de Maures, Berbères, ainsi que de contingents recrutés dans la péninsule Ibérique[7]. L’incursion de Rahman n’a pas pour but principal la conquête mais le pillage[8]. N’ayant pas la puissance militaire suffisante pour aller plus loin, Rahman s’est probablement fixé comme unique objectif la mise à sac du sanctuaire national des Francs, la riche abbaye Saint-Martin de Tours[9][] Parmi les participants à cette expédition, les chroniques mozarabes font la distinction entre Sarrasins, Arabes venus d’Arabie et Syriens, plus anciennement islamisés, et Maures, venus d’Afrique du Nord (antique Maurétanie). Le nombre élevé de Berbères parmi les conquérants musulmans explique que ces derniers furent aussi globalement désignés sous le terme de Maures. Cette armée était donc très disparate certains pensent que ce fut une des causes de sa défaite.  De plus, ces soldats (probablement au nombre de 15 000) avaient avec eux leurs familles. 

Campagne précédant la bataille 

Après la défaite devant Toulouse, Abd el-Rahman lance un nouveau raid, mais en passant à l’ouest des Pyrénées : il envahit l’Aquitaine et razzie le pays. Eudes réunit une armée pour le contrer mais il est battu entre la Dordogne et la Garonne (bataille parfois dite de Bordeaux). Abd el-Rahman continue son avancée, marche sur Poitiers, pille et peut-être incendie l’église Saint-Hilaire[10],[11]. Il se dirige ensuite vers Tours, dans l’intention de mettre à sac la riche abbaye Saint-Martin de Tours[10]. Cependant, Charles Martel, à qui Eudes a fait appel après sa défaite, marche aussi vers cette ville après avoir réuni une armée de fantassins francs. Pour les historiens chrétiens, c’est pour défendre le sanctuaire de Tours que Charles Martel entre en guerre, c’est pourquoi, à partir du XVIe siècle, cette bataille est aussi appelée bataille de Tours[12]. Il décide d’attendre que les Sarrasins soient lourdement chargés de butin pour les attaquer. 

Bataille localisation et date 

Il y a eu différents débats entre historiens sur la localisation et la date exactes de la bataille. Aujourd’hui, le consensus se fait sur le 25 octobre 732, à proximité de Châtellerault. Les sources concordent pour placer la rencontre sur le territoire de l’antique civitas de Poitiers, donc dans le Nord du Poitou. Le nom arabe de la bataille, d’après une source du XIe siècle, Chaussée ou Pavé des Martyrs[14], permet de préciser la localisation et de la situer sur l’ancienne voie romaine entre Poitiers et Tours, et donc sur la rive droite du Clain[15]. Tous les historiens sont d’accord pour ne pas la situer à proximité immédiate de Poitiers, car la forêt de Moulière aurait gêné les cavaliers arabes[16]. Une partie des historiens place l’emplacement de la bataille à proximité du hameau de Moussais (renommé Moussais-la-Bataille), sur l’actuelle commune de Vouneuil-sur-Vienne, entre Châtellerault et Poitiers. D’autres historiens préfèrent placer à Cenon-sur-Vienne, situé au confluent de la Vienne et du Clain. D’autres encore, comme André-Roger Voisin, préfèrent la situer près de Ballan-Miré, au sud-ouest de Tours, sur un lieu-dit les landes de Charlemagne en raison des armes qui y ont été retrouvées. 

Les nombreux détails donnés par les chroniqueurs permettent de dater l’affrontement avec précision : selon les chroniqueurs européens, il a eu lieu un samedi du mois d’octobre. Selon les chroniqueurs arabes, elle a eu lieu au début du mois de ramadan 114 de l’Hégire, soit après le 23 octobre 732. Le premier samedi est le 25, ce qui place donc la bataille le 25 octobre 732[17]Les historiens préfèrant placer la bataille de Poitiers l’année suivant le pillage de Bordeaux estiment que l’étendue de territoire à conquérir depuis les Pyrénées est trop vaste : cependant, actuellement, on considère qu’il s’agit d’expéditions de razzia, et couvrir la distance entre les Pyrénées et la Vienne en moins de quatre mois semble raisonnable[18]. Ivan Gobry, dans son Charlemagne, fondateur de l’Europe, affirme que la victoire eut lieu le 17 octobre 733. Selon lui, seule la chronique de Moissac, rédigée un siècle après l’évènement, donne 732. Le continuateur de Frédégaire, contemporain de la bataille, et le chroniqueur espagnol Roderic Ximenes (1170-1247), archevêque de Tolède du XIIIe siècle, avancent eux la date de 733. Cette date de 733 est confirmée par les auteurs arabes de l’époque qui fixent l’évènement à l’année 115 de l’Hégire[19]. Dans un manuscrit des annales d’Hildesheim, l’abbé Joseph-Épiphane Darras (1825-1878) a lu que la bataille eut lieu un samedi, donnant pour quantième un jour d’octobre dont la première lettre est effacée, mais dont la suite est VII[20]. Il se trouve qu’aucun samedi d’octobre de l’année 732 ne fut le 17 ou le 27, mais le 17 octobre 733 fut bien un samedi[21]. Ces hypothèses s’appuient cependant sur des sources minoritaires. 

Déroulement 

Pendant une semaine, des escarmouches ont lieu, aux confins du Poitou et de la Touraine[22]. Après ces escarmouches, l’affrontement décisif a lieu, sur deux jours. Abd el Rahman lance sa cavalerie sur les Francs. Ceux-ci, formés en palissade « comme un mur immobile, l’épée au poing et tel un rempart de glace », les lances pointées en avant des boucliers, attendent le choc[23]. Il semble que l’image ait quelque chose de juste dans la mesure où c’est bien la solidité des lignes franques qui impressionna les troupes arabo-berbères. La mêlée s’engage et les Francs parviennent à faire refluer leurs opposants. Mais ceux-ci n’ont pas l’occasion d’attaquer une seconde fois car de son coté Eudes prend l’ennemi à revers et se jette sur le camp musulman. Croyant leur butin et leurs familles[24] menacés, les combattants Maures regagnent leur campement. Ils subissent de lourdes pertes et ‘Abd el Rahman est tué. Le lendemain, au point du jour, Charles donne l’ordre d’attaquer, mais le camp est vide, les musulmans se sont enfuis dans la nuit[22]. Selon une légende locale à la région du Haut Quercy, Abd el Rahman n’aurait pas été tué à la bataille de Poitiers mais aurait simplement reflué vers ses bases arrières de Narbonne. Poursuivi par les troupes franques de Charles Martel, il aurait été tué et son armée exterminée lors d’une bataille livrée à Loupchat au pied de la falaise du Sangou, dans le Lot, en 733. L’Hôtel de ville de la commune de Martel aurait été construit sur le lieu même de la bataille[25]. Charles fut alors acclamé sous le nom de Martel : « marteau des infidèles »[21]

Explications de la défaite arabe 

Selon l’historien André Clot[26], une des raisons de la défaite réside dans l’éloignement des musulmans de leurs bases. Une autre raison est que l’armée musulmane était composée en majorité de Berbères d’Afrique du Nord venus avec leur famille ce qui gênait les manœuvres de l’armée et retardait son avance, les hommes ayant souci de protéger leurs femmes et leurs enfants. D’autre part, toujours selon André Clot, lors du combat final, le duc d’Aquitaine aurait attaqué le camp où étaient rassemblées les familles entrainant la débandade des musulmans. Par le passé[27], une hypothèse était que l’utilisation par la cavalerie franque de l’étrier lui a permis d’asséner des coups si puissants que l’envahisseur, qui n’en était pas équipé, ne pouvait pas y résister[28]. On pense désormais que l’immense majorité de l’armée franque était composée de fantassins et que c’est leur discipline et la supériorité de leur armure qui ont fait la différence[28]

Conséquences 

Cette défaite marque le terme de l’expansion musulmane médiévale en Occident et a d’importantes conséquences. En répondant à l’appel à l’aide du duc Eudes d’Aquitaine, Charles Martel a profité de l’avancée des troupes musulmanes pour intervenir dans une région qui refusait de se soumettre à son autorité. Fort de sa victoire, Charles s’empare de Bordeaux et met un pied en Aquitaine, sans la soumettre immédiatement : à la mort d’Eudes, ce sont ses fils qui lui succèdent. Cependant, son appui est indispensable à la lutte contre les Sarrasins : il intervient dans la vallée du Rhône et en Provence les années suivantes, où il soumet le patrice Mauronte (737), allié des Sarrasins. Il bat à nouveau ceux-ci au sud de Narbonne, sur les bords de la Berre, en 737[29]. Ainsi, la victoire de Poitiers entraîne non pas le départ définitif des musulmans, comme en témoigne l’échec du siège de Narbonne, dirigée par un gouverneur omeyyade jusqu’en 759, mais l’intervention systématique des Francs, seuls capables de s’opposer à eux. En définitive Eudes d’Aquitaine, comme a pu l’écrire Michel Rouche, reste le véritable vaincu de Poitiers. La victoire de Poitiers justifie également en partie, quelques années plus tard, l’éviction politique des Mérovingiens[29] Selon l’historien allemand Karl Ferdinand Werner, la Provence fut bouleversée par les exactions de Charles Martel. Karl Werner écrit que le surnom « Martel-Marteau » pourrait venir de là et non de la victoire contre les musulmans[30]Si l’expansion musulmane est stoppée, les raids musulmans continuent pendant plusieurs décennies. Ainsi, Charlemagne bat vers 800, à la bataille du bois des Héros (en Saintonge), une troupe musulmane qui razziait le pays. Des forteresses provençales servent de base à des incursions dans le pays jusqu’à la fin du Xe siècle 

L’importance réelle de la victoire 

Le débat historique sur l’importance réelle de la bataille est apparu à la fin du XIXe siècle, au moment où elle connaissait une grande popularité. Les historiens qui tendent à augmenter son importance ont mis en avant une série d’arguments. 

Une bataille imaginaire ? 

Les incertitudes quant au lieu et à la date de la bataille ont poussé certains à douter de l’existence de cette bataille. Les progrès de la critique historique ont levé ces doutes. Cependant, encore actuellement, certains tirent arguments de la faible quantité de sources (par rapport aux sources pour l’Antiquité, ou aux périodes postérieures) pour nier son existence (voir plus bas, partie Le symbole historique). 

Les auteurs arabes qui font allusion à cet épisode sont peu nombreux. On peut citer l’historien égyptien Ibn ‘Abd al-Hakam qui rapporte (en 861) que l’émir Abd al-Rahmân mena une expédition en l’année 115 de l’hégire (de février 733 à février 734) contre le pays des Francs au cours de laquelle il périt avec tous les siens. Les plus anciennes chroniques andalouses qui mentionnent cette expédition la situent en un lieu nommé Balât al-shuhadâ (« l’allée des martyrs ») et en l’an 114 de l’hégire (mars 732 à février 733). Les historiens postérieurs tels Ali Ibn al-Athîr (XIIIe siècle) ou Ibn Idhari (XIVe siècle), reprennent ces mêmes informations. Les sources latines du VIIIe et IXe siècles sont certes plus nombreuses mais tout aussi imprécises. La plupart des chroniques signalent l’événement en 732, mais en des termes brefs et similaires, se limitant à rappeler que « Charles combatit les Sarrasins un samedi du mois d’octobre ». Seules les Annales de Lorsch placent la rencontre quelques années plus tôt, en 726. Certaines sources carolingiennes ont accusée le duc Eudes d’Aquitaine de s’être allié avec « la perfide nation des Sarrasins », mais cette accusation est remise en cause par plusieurs historiens, qui indiquent que les sources méridionales, comme la Chronique de Moissac, présentent une vision contraire. 

Le seul récit détaillé se lit dans la Chronique mozarabe, un long poème en prose rimée dans lequel l’auteur, un chrétien vivant au milieu du VIIIe siècle à Tolède ou à Cordoue selon les sources, voit dans cette victoire des Francs l’espoir d’une possible résistance des chrétiens face à la domination de l’islam. C’est le regroupement de ces diverses informations mais aussi très certainement d’ajouts postérieurs, qui ont permis d’écrire le récit de cette fameuse bataille. 

L’arrêt d’une invasion ? 

Selon la médiéviste Françoise Micheau, spécialiste de l’histoire du Proche-Orient arabe, professeur d’histoire médiévale du monde musulman à l’Université Paris-I et directrice de l’UMR Islam médiéval, il faut diminuer l’importance de l’événement en précisant que l’expédition d’Abd el Rahman avait pour but essentiel le butin, et non la conquête. « Il s’agissait pour les Arabes de Cordoue d’une expédition (en arabe « ghazwa ») visant à piller les richesses de la Gaule, mais non d’une « invasion » »[31]. Les sources des VIIIe et IXe siècles ne fournissent en effet que cette explication, et ce n’est qu’à partir du XIIe siècle que l’argument de la conquête est avancée.  L’historien Jean Deviosse et Élisabeth Carpentier, professeur honoraire d’histoire du Moyen Âge à l’Université de Poitiers, nuancent cet argument en rappelant que les razzias étaient à la fois un moyen de connaître le terrain, et que plusieurs années de razzias réussies aboutissaient toujours à une conquête définitive[32] : ce fut le cas de la conquête espagnole (711-720), mais aussi de la Perse auparavant. En 721, lors du siège de Toulouse, les envahisseurs sont équipés de catapultes, preuve qu’ils entendent conquérir la ville[33]De plus, Deviosse fait remarquer l’organisation tactique de l’expédition de 732. Il s’agit d’une opération combinée entre la marine et la cavalerie arabes. Une flotte débarque une armée arabe en Camargue, qui remonte la vallée du Rhône et va jusqu’à assiéger et prendre Sens[34], pendant que d’un autre côté, Abd el Rahman passe les Pyrénées du côté le plus éloigné. Il compte ainsi obliger ses adversaires à se diviser et parcourir de longues distances pour l’arrêter. Il rappelle également qu’Abd el Rahman a demandé à ses hommes d’abandonner une partie du butin pour être plus efficaces lors de la bataille (demande rejetée par ses hommes), et surtout, qu’il a accepté la bataille, ce qu’il aurait pu refuser s’il ne venait que pour le butin, qui était déjà considérable. On objectera que le gouverneur n’avait sûrement d’autre choix que l’affrontement s’il voulait rentrer tranquillement en Espagne[35]

Une victoire parmi d’autres 

Les chroniques arabes espagnoles mentionnent deux autres défaites des musulmans en Gaule : 

  • en 721, le gouverneur arabe al-Samh meurt sous les murs de Toulouse face à Eudes, prince d’Aquitaine 
  • en 737, les Francs écrasent une armée arabe venue secourir Narbonne assiégée 

En fait, la bataille de Poitiers semble s’inscrire dans un contexte général d’essoufflement de la conquête arabe, après un siècle de victoires. En effet, si les Arabes parviennent à conquérir les grandes îles de Méditerranée occidentale en 720-724, ils échouent dans leur troisième siège de Constantinople (717-718), et sont vaincus en Orient également. La taille même de l’Empire pose des difficultés pour le gouverner : des révoltes kharidjistes éclatent en Mésopotamie et en Syrie (724-743), qui provoquent l’abandon de Damas par le calife pour Rusafa, ou encore en 740 au Maroc. Les Omeyyades sont renversés en 750 par les Abbassides. Cordoue devient le centre d’un émirat autonome dont le pouvoir se limite à la péninsule ibérique. « Ces crises du milieu du VIIIe siècle scellent la fin des conquêtes arabes en Gaule, comme dans l’Empire byzantin et en Asie centrale »[36]Deviosse réplique toutefois que la victoire a du être importante pour deux raisons : 

  • la victoire est telle que les envahisseurs abandonnent leur butin ; 
  • aucune autre expédition d’envergure n’a pu atteindre le cœur de la Gaule par la suite. 

Enfin, et peut-être surtout, pour Élisabeth Carpentier, la victoire est importante pour les Francs du Nord de la Gaule. Vu d’Occident, la progression de la conquête musulmane est inexorable. Or, le premier combat des Francs contre les Arabes est une victoire (Eudes commande les Aquitains), suivie d’autres victoires, et empêche toute nouvelle attaque par la suite. Cette victoire n’est donc pas le mythe qu’on en a fait, et si Charles Martel ne sauve pas la France qui n’existe pas encore, il change le destin de la Gaule, et donc de la France qui lui succède. Cette bataille n’est pas un mythe, mais un symbole historique[37]

Le symbole historique 

La bataille a tout de suite un retentissement très important. Elle justifie l’élimination des Mérovingiens et légitime donc la famille de Charles Martel, les Carolingiens. Bède le Vénérable, moine d’Angleterre, la mentionne comme un châtiment de Dieu[38], ce qui est un autre aspect de son aura : pour l’Église cette guerre est légitime, c’est aussi une guerre pour la défense de la chrétienté, et elle éclipse la bataille de Toulouse, qui à l’époque avait eu un écho important, affaibli par la défaite d’Eudes en 732 et son ambiguïté (allié aux musulmans)[39]. De l’autre côté, la bataille revêt également une grande importance : l’Anonyme de Cordoue (un chrétien sujet des Ommeyades), qui écrit vers 750, la présente ainsi comme un affrontement entre Nord et Sud, entre Orient et Occident. Cependant, si la bataille reste célèbre tout au long du Moyen Âge, elle n’acquiert pas immédiatement le statut de symbole. L’Espagne musulmane n’est pas une menace pour les Francs des IXe aux XIe siècles. De plus, la figure de Charles Martel s’efface derrière celle de Charlemagne, qui a lui même combattu les Maures. Enfin, l’Église, principale productrice de livres, ne cherche pas à mettre en avant un bâtard qui a mis la main sur de nombreux biens d’Église[40]

Charles Martel et Poitiers connaissent un regain de popularité avec les croisades, les thèmes de la défense de la chrétienté, de la défense de la foi, de victoire sur l’infidèle ayant alors évidemment plus d’écho, et au XVIe siècle, au moment où l’Empire ottoman menace l’Europe[41]. On peut aussi évoquer l’épée de Charles Martel, miraculeusement retrouvée par Jeanne d’Arc à Sainte-Catherine-de-Fierbois. Même Voltaire, qui moque les exagérations autour du récit de la bataille, conclut dans son Essai sur les mœurs « Sans Charles Martel (…), la France était une province mahométane. » 

Au XIXe siècle, le nationalisme français voit en la bataille de Poitiers un évènement fondateur de la nation, et les anticléricaux préfèrent Charles Martel à Clovis, moins compromis avec l’Église. La conquête des colonies en terres musulmanes popularise également la victoire contre des musulmans. A la fin du XIXe siècle, la bataille de Poitiers est également célébrée comme la capacité de la France à bouter du pays tout envahisseur hors de ses frontières, à l’heure où l’occupation de l’Alsace-Lorraine suscitait une vive rancœur, l’ennemi n’était plus Arabe mais Allemand. Outre-Rhin et en Angleterre, à l’heure des théories raciales, cette victoire d’Européens blancs sur des Africains musulmans est aussi revendiquée par les Anglais et les Allemands, ces derniers rappelant que les Francs étaient un peuple germanique[42]. C’est à partir de ce siècle que l’année 732 constituait un moment de la construction nationale et c’est la raison pour laquelle l’école de la IIIe République exalta l’épisode tout en évacuant l’aspect chrétien et européen par rapport aux discours antérieurs. Au XXe siècle, Anatole France écrit que « le jour le plus funeste de l’Histoire de France » fut « le jour de la bataille de Poitiers, quand, en 732, la science, l’art et la civilisation arabes reculèrent devant la barbarie franque » [43]

En 1942, Adolf Hitler déclare : « Si à Poitiers Charles Martel avait été battu, le monde aurait changé de face. Puisque le monde était déjà condamné à l’influence judaïque (et son sous-produit le christianisme est une chose si insipide !), il aurait mieux valu que l’islam triomphe. Cette religion récompense l’héroïsme, promet au guerrier les joies du septième ciel… Animé d’un esprit semblable, les Germains auraient conquis le monde. Ils en ont été empêchés par le christianisme»[44]En France, l’image de l’arrêt d’une invasion à Poitiers reste populaire : on peut citer, pendant la Seconde Guerre mondiale, les résistants qui créent la brigade Charles Martel en Indre et Indre-et-Loire (brigade devenue ensuite la 25e DI des FFI), et l’affaire de la douane de Poitiers contre les magnétoscopes japonais. Durant la guerre d’Algérie, les commandos de l’Organisation de l’armée secrète (OAS) prirent également le nom de Charles Martel. De nos jours, l’importance de ce symbole reste fort, car la confrontation entre l’Occident et l’islam perdure[45] (voir par exemple le titre de l’affiche « Martel 732, Le Pen 2002 » choisi par le Front national lors de l’élection présidentielle française de 2002[46]). 

L’importance de la bataille est, encore de nos jours, telle dans l’imaginaire des peuples européens et arabes, qu’un historien va jusqu’à nier son existence[47], attribuant son invention aux chroniqueurs français de la fin du Moyen Âge, qui auraient ainsi cherché à masquer la défaite de Nouaillé (1356)Selon les historiens médiévistes, Françoise Micheau et Philippe Sénac : « bien des voix se sont élevées pour tenter de ramener la bataille à sa juste place. En vain, car, érigé en symbole, l’événement est passé à la postérité et avec lui son héros Charles Martel. Il appartient à ce fonds idéologique commun qui fonde la nation française, la civilisation chrétienne, l’identité européenne sur la mise en scène du choc des civilisations et l’exclusion de l’Autre »[48]. L’historienne Suzanne Citron souligne le rôle de la bataille dans l’« inconscient des pulsions racistes anti-arabes et dans l’illusion d’une supériorité de la civilisation catholique et blanche »[49]

 Chroniques mozarabes 

Parchemin conservé à la bibliothèque de l’Université de Valladolid, enluminant les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse. Peut-on suggérer qu’ils sont habillés dans un style vestimentaire du Moyen-Orient ? (voir photo)  Les chroniques mozarabes sont une suite de documents rédigés par des moines chrétiens à compter 754 après leur fuite des terres de la péninsule ibérique devenues al-Andalus, Andalicie aujourd’hui. De culture latine et wisigothique, ces moines rebelles réfugiés très tôt dans les Asturies, alors que les autres Mozarabes continuèrent un rite dans la ville de Tolède, ne supportaient pas le destin qui a frappé le royaume wisigoth quarante ans précédemment et en conservèrent un fort ressentiment. Ce sont ces chroniques qui introduisent l’idée d’une continuité du sang des rois goths dans la lignée des princes d’Asturies, credo qui subsiste dans la famille royale d’Espagne encore actuellement (l’héritier royal espagnol est titré prince des Asturies pour cela.) 

Légendes fondatrices 

La légende de la bataille de Covadonga ( Covadonga se situe dans Les Pics d’Europe, au nord de l’Espagne, Pays Vasque) est inscrite dans ces chroniques, ainsi qu’une description du règne d’Ardo, résistant à la conquête musulmane dans la région de septimanie wisigothique dans les Pyrénées orientales. La fonction de ces récits était de susciter une volonté de résistance parmi les populations vivant dans les vallées des Asturies ; il est donc manifeste que ce prosélytisme militant apporte un corpus criticable pour les historiens contemporains chargés de démêler ce qui relève de l’hagiographie de l’évènement qui s’est effectivement déroulé. La date de la bataille n’est pas connue autrement que par l’écrit des moines, elle est donc sujette à caution (les historiens dans divers volumes de l’Histoire de l’Espagne notent une indétermination de quatre années concernant la datation) . 

L’emploi des termes est particulièrement digne d’intérêt puisque la description de l’adversaire figurant dans ces chroniques distingue les Moros des Saracenos, les uns étant les berbères maures et les autres le contingent provenant de la péninsule arabique, formé également de Syriens, ce contingent assimilable à une aristocratie dominante étant considérablement plus réduit. 

Cette distinction entre Maures et Sarrasins disparaît dans des écrits ultérieurs tels que le corpus de textes amenant la Chanson de Roland écrit par des hagiographes carolingiens. Se poursuivant jusque la fin du haut Moyen Âge, les chroniques parviennent à associer l’idée du mouvement de la Reconquista, qui ne devient prégnante qu’à partir du IXe siècle, avec une mission divine liée à l’esprit des Croisades en Terre sainte. 

Des reliques opportunes 

La découverte mythique des restes de saint Jacques le Majeur dans le royaume de León fut tout à fait opportune pour amorcer une ferveur religieuse en ces années de péril pour le royaume situé en Galice. Ces évènements forts heureux pour un royaume isolé sur les fins de terre ont lieu sous le règne d’Alphonse II des Asturies. Ce petit royaume en marge de l’Occident chrétien se retrouvait par grâce possesseur de l’une des reliques les plus importantes de la chrétienté, reconnues par la papauté, alors que l’ensemble des reliques connues de l’époque étaient situées en Terre sainte ou à RomeCette statue de saint Jacques terrassant les Maures (patron de la Galice et de l’Espagne) équivaut, par sa figuration, à celle de saint Georges terrassant le Dragon (patron de la Catalogne) dans la tradition picturale. 

De même, la légende des apparitions miraculeuses de Santiago Matamoros (Saint-jacques le matamore, soit littéralement le tueur de maures à l’occasion de la bataille de Clavijo (844) achève d’inscrire dans les consciences la mission « inspirée par Dieu et voulue par les moines » que constitue la refondation de l’unité perdue de la péninsule formée sous les Wisigoths. La reconquête mena en fait aux Espagnes, l’unité retrouvée ne prenant forme qu’avec l’Union ibérique des royaumes d’Espagne et du Portugal sous la dynastie des Habsbourg. Au XIXe siècle, l’historiographie espagnole fait une relecture de ces chroniques et développe l’idée que de 711 à 1492 l’Espagne » et l’Hispanité, à savoir l’identité espagnole, fut tenue en captivité par l’épisode circonstanciel de l’invasion musulmane. 

Postérité des Goths en Europe occidentaleLes historiens du siècle suivant, considérant al-Andalus comme un pays à part entière et non comme une terre à reconquérir sur laquelle les rois successifs de la Reconquista taillèrent les Marches de leur royaumes, revinrent sur cette conception et pensèrent l’Occident islamique que fut al-Andalus dans sa période florissante comme issue d’un syncrétisme culturel entre la civilisation islamique et l’identité ibère ; ce courant de pensée historiographique considère que ce sont les conquérants qui se sont hispanisés, adoucissant leur mode de vie dans le paradis végétal que fut pour eux le pays des fleuves face aux déserts des Empires islamiques, et non les populations qui se sont islamisées et arabisées à compter du Xe siècle

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