La vie de mon village

Bienvenue sur le blog de Saint Emiland et son Histoire.

5 décembre, 2009

12 Août 44

Classé dans : — Antoine RUIZ @ 19:31

Saint Emiland 12 août 1944. 

Village martyr, victime du terrorisme nazi. (Marcel Vigreux et Angélique Marie) 

Saint-Emilanais depuis plusieurs générations et dont le cœur bat toujours à la cadence de ce village. Parisien, parce que sa vie professionnelle s’est déroulée dans la Capitale. Sensible aux souvenirs de son enfance qui seront toujours dans sa mémoire. 

Il s’agit de Gérard NIDIAU fils de Fernand NIDIAU et Suzanne ANTONELLI. Gérard a passé les années de guerre à Saint Emiland, Il était venu avec ses parents et son frère en vacances en août 1939, son père reçu la lettre de mobilisation puis dû s’incorporer en septembre.

Il restera avec son frère à Saint Emiland chez les grands parents jusqu’en fin d’année 1945 qu’ils regagnèrent leur domicile parisien. Fréquentant notre école communale pendant ces tristes  années de guerre.

Comme  tout enfant il a gardé le souvenir de ces premières années de vie dans ce petit village loin de la grande métropole parisienne et de la rue Saint Dénis. Il vécu cette journée du 12 août 1944 et fut « touché dans son cœur», comme beaucoup d’autres, mais plus particulièrement parce que ce jour là, c’était le jour de son anniversaire, il venait d’avoir 8 ans.

 Après 65 ans, Gérard a vivement souhaité retrouver par écrit les détails de cette journée quelque peu perdus par le temps et un peu imprécis dans sa mémoire. Pour cela, il a fallu reconstituer le « puzzle historique » des évènements de cette journée. 

Pour cette tache  il a été fait un large tour d’horizon afin de collecter  l’information et les documents qui pouvaient  être utiles. D’abord en sollicitant les personnes qui étaient les premiers acteurs de  cette journée et qui sont  les principaux témoins.   

Je souhaite en premier leur apporter mes remerciements et ma gratitude  pour l’aide qu’ils m’ont apporté et sans laquelle je n’aurai pas réalisé cette tache.  Ce sont : Madame Simone MEULEY, Madame Marcelle LIODENOT née PETEUIL,  Mme Charlotte MILAN et  Monsieur Camille RICHARD. 

En suite, ce sont  des  écrits de la presse de l’époque puis des articles publiés à ce sujet dans d’autres journaux, les archives historiques de la Bibliothèque Municipale d’Autun,  certaines informations complémentaires par internet et surtout à des ouvrages d’historiens qui avaient déjà labouré le terrain et dont certains extraits sont très complets pour reconstituer cette journée.

Puis en finale, un témoignage d’une jeune fille Autunoise emprisonnée à Chalon et partageant la cellule avec les personnes de Saint Emiland mais malheureusement pour elle déportée à Ravensbrück en Allemagne. 

Qu’ils soient ici remerciés, MM. Michel VILLARD, pour son ouvrage d’une qualité exceptionnelle, rarement vu, par la qualité et la quantité de détails historiques « OMBRES ET LUMIERES DE L’OCCUPATION ET LA LIBERATION D’AUTUN ». 

Marcel VIGREUX (décédé 2001) et Angélique MARIE pour leur ouvrage remarquable « LES VILLAGES MARTYRS DE BOURGOGNE »  pour l’immense travail de recherche et de volonté dont ils ont fait preuve afin de transmettre aux nouvelles générations le témoignage du devoir de mémoire.

A Madame Lucette QUIGNON-BILLARD pour le témoignage de sa vie en déportation qui « touche le cœur » et retient une énorme pensée d’admiration et de respect.  « MEMOIRE D’UNE DEPORTEE AUTUNOISE »  

Voici le déroulement de cette journée à Saint Emiland

  A l’aube de ce samedi 12 août 1944 Saint Emiland dort encore. Une belle journée ensoleillée s’annonce. Qui aurait pu penser  à ce moment que sa population allait connaitre une journée de celles qui resteront gravées dans la mémoire pour très longtemps. 

Aujourd’hui, 65 ans ont passé. Il est temps de se remémorer que notre village a aussi souffert du nazisme pendent la 2eme guerre mondiale.

C’est le but de ce petit fascicule.  Les souvenirs sont moins chargés d’émotion mais quand  on les évoque avec les personnes qui ont vécu cette triste journée ils traduisent l’expression des images qu’ils gardent gravées dans leurs mémoires, comme sur le marbre. 

Pour Saint Emiland ce fut le mardi 8 août 1944 que le fait du hasard allait attirer l’œil d’un milicien, bien connu dans la région, Joseph GRESSARD, augmentant le risque que ce village soit martyrisé comme tant d’autres villages de notre région, tant les intentions de ce jeune sans scrupules étaient claires.                

Celui par qui tout a commencé.

 De Constantine (Algérie) Joseph GRESSARD était venu à 15 ans avec ses parents à Autun où il continuait ses études.  A 19 ans en 1941 il était rédacteur à la Sous-préfecture d’Autun. 

Un premier incident eut lieu en juillet 1943 quand il fut arrêté par la Feldgendarmerie à Autun pour trafic de tickets d’alimentation et envoyé travailler en Allemagne comme travailleur libre, pas pour longtemps car 3 mois plus tard et avec une fausse permission il se trouvait à nouveau à Autun où il faisait liaison avec Stückilck qui l’embrigadait dans la Gestapo.  (Geheine Staats Polizei)   Super police secrète. 

Célestin GROSJEAN dit « Tintin » avait 35 ans en 1944 à l’apogée de sa carrière de traitre et de criminel, il entra en rapport avec la police Allemande en avril 1944 puis avec la Gestapo et devint adjoint de son officier interprète du S.D. de Chalon, le criminel de guerre, GOLDBERG, faisant ainsi le lien entre Chalon et la Milice de Vichy pour l’Autunois. 

Aloïs STUCKLICK, d’origine Tchèque, né à Bratislava le 22 janvier 1916 agent très zélé de la Gestapo, il  avait son domicile directement au Tribunal de Chalon, Maison Chevrier.  Très connu par sa cruauté et ses interrogatoires particulièrement zélés, il était bien entouré par ses délateurs dont Joseph GRESSARD faisait partie. 

Ces trois responsables, les hommes de main de la collaboration sur Autun, le gestapiste GRESSARD, le milicien GROSJEAN et l’interprète tchèque de la Gestapo STUCKLICK qui chapeautait les deux autres. Cette milice s’organisa à Autun fin décembre 1943. GRESSARD était l’agent de liaison avec la Feldgendarmerie et la Gestapo pour dénoncer les suspects de la Résistance.

  A Autun, dans une atmosphère oppressante de plus en plus lourde, la Milice faisait pratiquement loi, montant ostensiblement la garde à la Sous-préfecture et patrouillant en ville en uniforme. Le 15 juin une opération contre les maquis dans le massif d’Uchon faisait 13 morts. Puis le 23juin, Gressard et quatre complices, dans la commune de Charbonnat se faisant passer pour des maquisards ils arrêtaient un véhicule conduit par de vrais résistants.

Profitant de l’équivoque, ils en abattaient les occupants à bout portant, en tuant deux sur le coup, Gressard achevant les deux autres à coup de revolver. Leur gestes sanglant surprit tous ceux qui les avaient connu avant la guerre, rien ne laissant supposer qu’ils soient capables d’un tel sadisme.

La guerre, et surtout l’horrible guerre civil déclenchée par la collaboration, libéra leur pires instincts. Une fois encore nous avons l’illustration de la volonté du Führer de pourrir cette guerre.      

Mais dans la France profonde, le sentiment anti-allemand avait progressé. « Le vent mauvais » dont avait parlé Pétain, menaçait de devenir une tornade. 

Sa carrière de délateur, tortionnaire, incendiaire, assassin, va encore continuer quelques mois, pour se terminer, après la débâcle allemande, comme il le mérite, devant le peloton d’exécution de Chalon sur Saône. 

Quatre jours avant l’évènement sur notre village, le mardi 8 août, GRESSARD passe en moto à Saint Emiland. Venant d’Autun où il résidait quelque temps auparavant, il réside maintenant à Chalon sur Saône, amoureux d’une téléphoniste de la Gestapo de Chalon, Paulette Sal…

GRESSARD a changé ses habitudes. Il réside désormais dans cette ville de Chalon, tout en continuant de servir dans l’autunois, où il se rend régulièrement sur une puissante moto « récupérée ». 

Des nombreux autunois se souviennent l’avoir vu stationner devant le tribunal, où son chef et protecteur Stücklick avait son domicile conjugal.

 Ce 8 août, GRESSARD, rentrait d’Autun, traversait à toute allure Saint Emiland, lorsque soudain, sa moto tombe en panne vers le Pont Allard. Voici donc GRESSARD en plein pays hostile, farci de maquis. Retournant sur ses pas, valise à la main se présentant au Garage Beaufumé.

Connaissant les sentiments pro-résistants de la majorité des habitants, par prudence, il se fait passer pour un officier de liaison F.F.I.  A la recherche d’un engin qui lui permette de continuer sa mission.

Mis en confiance, des gens lui indiquent deux personnes possédant une moto, M. JEANNOT et M. MEULEY.  Il repartira, en définitive, sur la moto d’Emiland MEULEY, auquel il laissera, en contrepartie un faux Bon de réquisition signé Armée Sécrète.      Sa carrière de traitre, doublé d’un tortionnaire faillit bien tourner court dans ce village de Saint Emiland.              

Il ressort du Garage de Cyrille Beaufumé quand, une  voiture Citroën noire, traction-avant, étoile blanche des Alliés peinte sur le capot et fanion tricolore frappé de la croix de Lorraine s’arrête devant lui.  C’est une voiture des F.F.I. du groupe « Robespierre »        

Descendent de la voiture trois jeunes gens casqués, habillés en kaki, avec brassard tricolore et armés jusqu’aux dents. Une fois de plus, le culot, la ruse, l’intuition, sauvent GRESSARD. 

Surpris, il marque un moment d’hésitation, puis, personne ne semblent le reconnaitre, avec un sang froid incroyable, dominant sa peur, il marche droit sur eux. Il entrouvre sa veste pour montrer la mitraillette qu’il porte au sautoir et se présente :

Lieutenant Joseph de l’Intelligence Service (I.S.), en mission auprès de l’Armée Sécrète, salut les gars !  Il en rajoute même, tout en serrant des mains : « Je vous félicite, vous faites du bon boulot et ces salauds de boches seront bientôt foutus ».

« Mais, vous êtes gonflés de circuler en plein jour sur une nationale, tout équipés »  A quoi les F.F.I. répondent : « Ne vous inquiétez pas, mon Lieutenant, on a ce qu’il faut pour répondre et maintenant, tous les paysans sont avec nous »  

Rigolades, claques dans le dos, tout va bien. Et aucun des habitants attroupés pour saluer les F.F.I. et ce Lieutenant inconnu ne reconnait le redoutable GRESSARD. Puis, chacun part vers son destin, les premiers ignorant l’occasion manqué et le second soulagé de se tirer d’affaire une fois encore.  

Le soir même, à la maison Chevrier, Q.G. de la Gestapo chalonnaise se tient une table ronde. Sous l’autorité de l’Obersturmbanführer le S.S. KRUGER.   

Participent aussi à cette réunion les SS VERFURTH et GOLDBERG. Repliés d’Autun, Célestin GROSJEAN de la Milice dont il disait : « jamais les gens de ce pat’ lin n’ont pu être pris en faute » et Joseph GRESSARD fait son rapport sur l’incident de Saint Emiland dont il possédait des informations. 

Quel a été le contenu de ce rapport, des dénonciations?  Qu’avait GRESSARD à dire sur Saint Emiland ?  A-t-il amplifié sa vision pour gagner des galons auprès de son supérieur? 

On peut supposer que le fait d’avoir trouvé des F.F.I. à Saint Emiland, entendre qu’ils contrôlaient  le secteur et que la population était avec eux, GRESSARD aurait compris la confirmation de son intuition, que les commerces de Saint Emiland alimentaient en vivres la résistance et qu’il faudrait de ce fait,  brûler les points de ravitaillement en les accusant de complicité terroriste contre l’armée allemande. 

Assiste aussi à cette réunion un groupe de truands ralliés au S.D. Allemand, le groupe PETRIANI qui disaient  « Une évidence s’impose, tout est peut-être perdu, en France, mais avant de partir on va en faire baver à ces salauds de français qui sont tous pour les Alliés. 

A Saint Emiland, comme ailleurs, les résistants sont comme des poissons dans l’eau, tous communistes, des gaullistes…. Une petite démonstration leur fera du bien…. En avant pour l’Europe nouvelle national-socialiste…… ».                                      

La décision fut prise de planifier la sanction sur Saint Emiland pour le samedi 12 août au petit matin. L’ensemble des opérations de répression se faisait sous la haute autorité de l’Obersturmbannführer, le lieutenant-colonel  Kramer de la Gestapo, originaire de Stuttgart.   

Pour les interventions plus lointaines, l’un des chefs de la Gestapo de Chalon sur Saône, KRUGER, coordonnait le tout. 

Le samedi 12 août, à 4 heures du matin, tous les S.D. de Chalon étaient embarqués pour Saint Emiland, « Comme j’étais en civil, on me donna une capote et un bonnet de police » expliquera plus tard GRESSARD. 

Ils sont une soixantaine, dont quelques miliciens comme « Tintin » GROSJEAN d’Autun et Antoine de Paray avec leurs chiens.  Très expérimentés dans les représailles en tout genre, ces hommes mènent l’affaire rondement. 

Le village est isolé, les routes barrées, mitrailleuses en batterie, certaines portes et fenêtres volent en éclat, les habitants sont triés, grâce aux fameuses fiches de dénonciation. 

La chasse aux sympathisants de la résistance commence.  Krüger, Verfürth, Goldberg et leurs séides entrent tout de suite au restaurant tenu par Mme et M. Francisque CORNON, ils s’y installent bousculant les propriétaires et leur fille, leur intimant l’ordre de s’assoir par terre contre le mur de la salle principale. 

Peu après, sous la poussée brutale d’un SS et de GRESSARD apparait dans l’entrée le boulanger Jean Marie LACOUR.  GRESSARD se penche sur CORNON qu’il empoigne par son col de chemise et lui dit « Dis donc toi, le Maire, tu connais JEANNOT, le ravitailleur du maquis ?» à quoi CORNON répond avec courage et sang froid : « Vous savez, ils sont plusieurs frères de ce nom, je ne sais pas de qui vous parlez » GRESSARD n’insiste pas et se retourne vers Krüger qui consulte ses fiches puis lui dit : « Joseph! , va me récupérer le bourrelier »  

Emiland MEULEY a, ce jour là, le redoutable privilège d’être tiré de chez lui par un Joseph GRESSARD que l’alcool et le vin excitent de plus en plus.

Poussé sans ménagement, malgré son infirmité, il se retrouve assis par terre dans la salle CORNON avec les autres. Ils sont rejoints par Mme BOISSEAU la buraliste, le boucher Gustave PETEUIL, M. JEANNOT et Antoine JACQUESON de 60 ans que  GROSJEAN rudoie en ricanant, après avoir sadiquement prévenu sa femme effondrée : «Ne chiales  pas la vieille, dans 5 minutes nous sommes de retour et on fout le feu à votre baraque» 

Madame MILAN, épouse de l’instituteur, obtient de l’officier allemand, la permission de garder, chez elle, les élèves, car ils ne peuvent retourner chez eux.

Passagers et enfants ne seront relâchés que plus tard aux alentours de 16 heures. Dans la salle CORNON les otages s’attendent au pire, leur groupe s’est grossi de MM. BEAUFUME, LEVET et son commis, Fernand PELLERIN, MEUNIER, GIEN, Marius DESMAIZIERES, de Mme PAPON ainsi que de quelques étrangers suspects arrêtés sur la route.    

La journée va être longue, quel sort leur réservez Krüger ? 

Il est environ 10 heures du matin, la mise à sac orchestré par Krüger va bon train. Les hommes de l’Europe nouvelle s’empiffrent, boivent et remplissent les véhicules de butin. 

Dehors, ça gueule, ça rigole, des coups de feu éclatent et les otages eux, sont assis par terre, le nez dans les genoux, au niveau des bottes de leurs geôliers, insultés, menacés, humiliés.

Le temps des otages n’est pas une nouveauté, il renaît chaque fois qu’apparaît la bête, quarante ans au paravent il s’épanouissait. 

La maison de M. PETEUIL, Boucherie, commence à prendre feu puis suivent chez M. LACOUR Jean Marie, Boulanger puis chez M. CORNON, la fumée envahit les pièces obligeant les otages retenus dans la salle à sortir précipitamment avant d’être brulés sur place comme ils le croyaient, « …On pensait qu’ils allaient nous bruler sur place et que notre fin  était arrivée… ». 

Ils tuent le bétail, la volaille, volent le mobilier, les postes de T.S.F., la nourriture, les appareils mécaniques, les pendules, etc.…  tout est bon, c’est la bonne collaboration. 

Tous les gens arrêtés et détenus sont transférés à la cour de l’école près de la Mairie qui reçoit bientôt près de 150 personnes raflées ici ou là.  Dans la matinée, un GRESSARD complètement aviné vient parader tout en contrôlant, une fois de plus, les identités. Il insulte les otages, passant de la menace aux coups et à l’ironie.  

« Vous êtes tous des idiots, je sais que vous aidez les maquis, des crapules, des voyous… c’est le président Laval qui a raison, seule la victoire de l’Allemagne peut nous sauver des judéo-marxistes et des gaullistes… Vous vous faites des illusions, les Américains ne sont pas encore en Bourgogne » 

En plus d’une éventuelle liste, GRESSARD et ses acolytes disposaient d’un outil de renseignements pernicieux mais terriblement efficace, la délation.  

Pour preuve, l’arrestation de Monsieur  Marius DESMAIZIERES effectué à son domicile, alors qu’il travaillait avec des amis dans son grenier.

Il a été, selon lui, et sans l’ombre d’un doute, victime d’une dénonciation calomnieuse, car sa belle-mère avait donné une toile de tente à des résistants. 

Lucienne DESMAIZIERES prise du courage et de la force dont elle avait l’habitude, va chercher le responsable Allemand de l’expédition sur place le SS Krüger et lui dit en ce termes : « Que lui reproche-t-on à mon mari Marius Desmaizières pour l’arrêter ?»  Ce à quoi elle obtient comme réponse : « Madame, votre mari sera jugé et condamné suivant la gravité de son cas »  

Les discussions et décisions se poursuivent afin d’organiser et transporter les otages dans un autobus de la régie réquisitionné en direction de la prison de  Chalon où ils devaient être jugés. 

A ce stade tout semblait être  parti pour ne plus jamais revoir les personnes accusées et que comme tant d’autres villages le notre serait aussi à son tour victime de l’oppression allemande. 

Personne ne réagit, des exécutions ont été déclenchées pour bien moins que ça. 

A midi il y a une relative accalmie, mais vers 14 heures le sac reprend de plus belle. 

Des soldats arrivent devant certaines maisons, les vident de leur contenu et les incendient à l’aide de grenades incendiaires jetées sur des bottes de paille. 

Les granges, les appentis, tout brûle, le feu est mis à la boulangerie de Jean Marie LACOUR, au garage BEAUFUME  à la maison du bourrelier MEULEY, chez BOISSEAU, chez CORNON, etc.…   

Ce charmant village offre une vision apocalyptique, des ruines, des maisons pillées… 

Ce village a bien été victime d’une opération de terrorisme nazi sur ses habitants pour tenter de couper leurs liens avec les Résistants de l’Autunois et du Couchois. 

Il semble que l’opération sur Saint Emiland ait eu pour objet la collecte de renseignements mais d’autres desseins apparurent dans cette journée du 12 août.

M. LOSCH, conseiller d’administration militaire, chef de l’annexe de la Feldkommandantur d’Autun, très arrogant à l’égard des français, eut une grande part de responsabilité dans les incendies par représailles de ce village. Il fut un serviteur zélé du parti National-socialiste.

 Mais si KRUGER organisa l’opération Allemande il ne put le faire que grâce à des antennes dans l’Autunois, notamment des miliciens.   

A la Mairie, GRESSARD et GROSJEAN, mitraillette à la main, interrogèrent Mme Marie DEMAIZIERE et sa fille Charlotte MILAN épouse de l’instituteur.

GRESSARD en se ventant d’être l’instigateur de « l’affaire » de Saint Emiland tint les propos suivants …« Les Anglo-américains ne sont pas encore en Saône et Loire ; c’est nous qui faisons la loi et nous sommes les plus forts.

Vous me voyez aujourd’hui, vous me verrez au moment de la victoire et encore après ! »        

Par une chance extraordinaire, aucune arme, aucun papier, aucun journal compromettant n’ayant été découvert, la population sera donc épargnée. 

En fin d’après midi, une sentinelle autrichienne, chargée de garder l’école, s’approche discrètement de l’instituteur Robert Milan et lui glisse dans l’oreille « Monsieur, ici, grand malheur, grave, grave, très dangereux, ici camarades français miliciens et chefs S S…. » 

Ce sont donc 27 personnes (19 de Saint Emiland même) qui étaient prise en otage et déportés par l’armée Allemande laquelle avait des intentions bien claires, comme le disait Krüger «…afin de leur donner une démonstration ». 

Quels étaient les risques?  Etre accusés en tant que « terroriste », arrestation, prison, tortures. Etre fusillé, être envoyé en camp de concentration ou d’extermination dont la plupart ne sont plus jamais revenus.  

Avant de partir pour Chalon Marius DESMAIZIERES dit à sa femme Lucienne : « …Si le Jean RICHARD n’est pas embarqué par les boches, qu’il t’emmène à Autun voir M. DEMEUSOIS (vétérinaire) » 

Les personnes suspectes, regroupées chez CORNON, ayant été conduites dans un coin de l’école, sont emmenées en autocar à Chalon vers 19 heures. 

Les allemands et leurs collaborateurs français, une fois de plus, ont bien travaillé pour l’entente de nos deux peuples. A Saint Emiland l’ordre règne, la ruine et la désolation aussi. 

L’autocar des otages sur leur chemin de captivité à Chalon fut stoppé à Chagny par des miliciens qui ne parvinrent pas à libérer les prisonniers de leur véhicule.     

Dès le lendemain Lucienne DESMAIZIERES et Jean RICHARD allèrent à Autun et trouvaient M. DEMEUSOIS afin qu’il intervienne pour faire libérer les otages de Saint Emiland. 

M. DEMEUSOIS connaissait Stücklick, dont il avait soigné le chien de la compagne de celui-ci. Lorsque M. DEMEUSOIS rencontre et explique à Stücklick l’arrêt de 27 personnes à Saint Emiland puis l’incident de moto de Joseph GRESSARD au garage BEAUFUME à Saint Emiland,  Stücklick a l’air bien surpris, à tel point que, en entendant la version de M. DEMEUSOIS,  Stücklick  sursauta comme si quelque chose « le touchant » déclenchait un réflexe dans sa tête et pour cause, la compagne de Stücklick était justement, une amie de la belle-fille  de M. BEAUFUME. 

Stücklick étant dans une position stratégique privilégiée dans ce cas précis, car c’est lui qui encadrait GRESSARD dans la Gestapo et par là même il était bien placé à Chalon pour intervenir en faveur de la libération des otages. La question serait de savoir pourquoi l’a-t-il fait. 

 Dimanche 13 août le lendemain de cette triste journée,  Saint Emiland accueillait Mg. Lucien Sidoine LEBRUN,  évêque d’Autun (26/07/1940-22/03/1966) qui s’est déplacé afin de se recueillir à l’endroit où deux corps démembrés et calcinés mais ré-habillés en uniforme allemand  furent trouvés dans la cour de M. PICARD, (Il semble, et pour paniquer la population, que ces deux corps furent emmenés par les Allemands à Saint Emiland en provenance d’une autre fusillade dans l’Autunois)                                                

Les 19  personnes de Saint Emiland prises en otages et emprisonnées à Chalon dans cette journée :  Monsieur  Cyril BEAUFUME  46 ans, garagiste,   Madame Ve Marie-Anne BOISSEAU 52 ans(dit Mirette) débit de boissons,

    Monsieur Francisque CORNON 51 ans, forgeron, Madame Marthe CORNON 49 ans, son épouse, Mademoiselle Gabrielle CORNON 18 ans, étudiante, Monsieur Marius DESMAIZIERES  31 ans, propriétaire exploitant,

  Monsieur Adrien GIEN 26 ans (la Troche),  Monsieur Antoine JACQUESON 60 ans, débit de boissons, Monsieur Alfred JEANNOT 38 ans, marchand de bestiaux, Monsieur Jean-Marie LACOUR 52 ans, boulanger-épicier,

Monsieur Jean LEVET 55 ans, agriculteur( les Chazets), Monsieur Claude MEREAU 20 ans, forgeron, Monsieur Emile MEULEY 41 ans, bourrelier, Monsieur Louis-Victor MUGNIER 63 ans, agriculteur (la troche), Madame Lucie PAPON 31 ans, sans profession (pont Allard),  Monsieur  Fernand PELLERIN 20 ans, (commis de Mr LEVET),

Monsieur Gustave PETEUIL 46 ans, boucher, Madame Jeanne PETEUIL 41 ans, son épouse, Mademoiselle Marcelle PETEUIL 18 ans, leur fille, sans profession. 

Les maisons incendiées par les Allemands étaient les suivantes : Grange et Café Restaurant  BEAUFUME, Café Restaurant Bureau de Tabac Mme BOISSEAU (chez Mirette), Café Restaurant Francisque CORNON, Boulangerie LACOUR,

Atelier de Bourrelier MEULEY, Boucherie PETEUIL, Maison Mme Philiberte DESLORIEUX, Maison Auguste BRUGNIAU, Garage et divers chez Mme Antoinette CHARNET et François DEMONFAUCON et quelques granges et dépendances agricoles.   

Quelques semaines avant  cette perquisition sur Saint Emiland, deux jeunes du village, Jean CHARNET 23 ans et Guy RIOLLOT 19 ans tous les deux fils de deux épiciers du village décident de partir en vélo tandem à Chalon, Camille Richard se trouvant sur leur passage n’hésite pas à les mettre en garde en leur disant : «…Vous n’avez pas peur les gars… » À quoi ils répondirent : « Nous ne risquons rien, voyons ! » 

C’était la dernière fois qu’on les voyait à Saint Emiland. 

Qu’allaient-ils chercher à Chalon, dans cette période trouble et dangereuse ou le libérateur sonnait déjà à la porte et l’envahisseur semblait jouer la méthode de la terre brulée. 

Guy RIOLLOT fut emprisonné à Chalon aussitôt, quant à Jean CHARNET,  il ne revint plus jamais au village, malgré qu’il fut vu aux alentours quelque temps plus tard, pourquoi ?  Avait-il dénoncé des gens de Saint Emiland ? Avait-il livré Guy RIOLLOT aux boches ?     

Jean CHARNET était-il l’un des ceux qui par son attitude spéculative avec l’envahisseur avait des reproches à se faire ? Coïncidence ou non sa famille quitta Saint Emiland sitôt après la fin de la guerre pour aller s’installer à  Marmagne. 

M. Robert MILAN se serait fait dire par une personne que,  Jean CHARNET aurait été vu en Belgique après la guerre. D’autres l’auraient vu un soir à Saint Emiland en 1945. 

Ce qui est certain c’est qu’il avait réussi à sauver sa peau, ne suivant pas le même sort que son copain Guy, gardé à la prison de Chalon et depuis plus de trace.

La famille CHARNET épicier à Saint Emiland, était originaire de DIGOIN où ils étaient Pâtissiers. Jean CHARNET avait un frère, Claude et une sœur, Alice dite « Lili ». Claude serait mort en 1971 en accident de voiture dans la région Dijonnaise en compagnie d’un professeur de Dijon. 

Quant aux otages de Saint Emiland, ils étaient comme Guy, en prison à Chalon sur Saône dans des cellules de 4 personnes. Ils resteront jusqu’au 24 août, maintenus avec peu de nourriture comme, deux gamelles de soupe de légumes par jour, dévorés par les poux et punaises. Ils ne furent jamais interrogés. 

A  leur libération le 24 août le gardien de prison dit à Mlle PETEUIL et aux autres prisonniers avant de quitter Chalon : « Guy RIOLLOT vient de mourir…. »  

Nous ne savons pas exactement dans quelles circonstances Guy RIOLLOT a terminé sa vie à la Prison de Chalon sur Saône à 19 ans.    

Monsieur CORNON, se trouvait dans la cellule à coté de Guy, il a entendu pendant plusieurs jours les gémissements de douleur de celui ci. Il semble, le plus probable, qu’il aurait été battu et laissé sans soins, abandonné à mourir dans sa cellule.

A ce titre, Guy RIOLLOT a été victime de la barbarie nazi.

  (Guy Fernand RIOLLOT né à Saint Emiland le 6 août 1925 – Décédé à Chalon le 17 août 1944 à 10h « Mort pour la France » Transcription du 06/09/1947 ordonnance n°452561 du 30/10/1945 (art 3) Journal Officiel 31 octobre 1945). 

Mme LIODENOT nous dit : « Lorsqu’ils nous ont libéré ce 24 août 1944 ils nous ont dit que l’on pouvait partir, que nous étions libres et qu’il y avait eu une erreur sur les détenus de Saint Emiland » 

Les otages libérés partirent de Chalon à pied et ce n’est que sur la route de retour à la hauteur de Saint Léger sur Dheune qu’une camionnette conduite par M. Jean Marie PREBIN marchant de charbon du Creusot les prit en charge pour les transporter à leur domicile de Saint Emiland.

  Quelle vision apocalyptique à leur retour au village !  Quelle désolation quand  on n’a plus rien!  Même pas où poser sa tête pour dormir.  Heureusement il y avait la solidarité, celle du cœur, celle du partage du peu qu’on a.  ….

Quelle Divine Providence a veillée sur nous pour que nos vies soient sauves…quel miracle a-t-il pu se produire pour que nous retournions tous en vie…..et si vite, alors que tant d’autres partaient pour Ravensbrück….. 

Il semble confirmé que Stücklick serait bien à l’origine de cette libération d’après ce que nous savons. Il était l’un de seuls qui pouvait contrôler GRESSARD, ce monstre endiablé qui avait à son actif une liste impressionnante de meurtres de sang froid et des assassinats organisés.

  Pendant ce même mois d’août à GRANGES où André LAMBERT 23 ans fut abattu froidement d’une balle dans le cou par Joseph GRESSARD. 

Le procès GRESSARD 

Le journal « LE PATRIOTE DU MORVAN » dans son édition du samedi 31 mars 1945 dédie un article au tueur GRESSARD et dit ceci:   LE TUEUR GRESSARD EST CONDAMNE A MORT 

Le procès de GRESSARD s’est déroulé jeudi devant la cour de justice de Chalon sur Saône, présidé par M. GAUDIN, assisté de MM. MATHIEU, DEBORDE, COURBET, et PATTE. Le siège du ministère public était occupé par M. BUHOT. 

L’audience débute par l’interrogatoire d’identité de l’accusé qui déclare se nommer Joseph GRESSARD, 23 ans, étudiant, demeurant à Autun, rue Cocand. 

Le greffier lit alors l’acte d’accusation dont voici le résumé. « Joseph GRESSARD issu d’une bonne famille, fut nommé en 1941, après avoir fait ses études secondaires, rédacteur à la Sous-préfecture d’Autun. 

En juin 1943, il fut inculpé dans un vol de titres de rationnement et condamné à 4 mois de prison. Jusqu’à cette date, il avait des très forts sentiments gaullistes.

A sa sortie de prison, il partit travailler en Allemagne, mais il revint bientôt et se fit passer par un chef résistant, puis il entra en relation avec le trop célèbre Stucklick, de la Gestapo de Chalon, et travailla pour le compte de la S.D. 

A partir de ce moment, il commit un très grand nombre de forfait : assassinats, pillages, incendies et vols qualifiés ».   

« Les principales expéditions auxquelles prit part GRESSARD, en uniforme allemand, furent celles de DETTEY, le 28 mars 1944, dirigée contre le maquis du Lieutenant HECTOR ». 

« Le 23 juin 1944, au cours d’une randonnée à Toulon sur Arroux, GRESSARD et trois autre individus, abattirent quatre résistants qui circulaient en voiture ».  

«  Fin juin 1944, GRESSARD et GROSJEAN en opération à Dun les Places, tirèrent sur quatre jeunes gens qui s’enfuyaient et malmenèrent un garde forestier qui a disparu depuis cette date.

Dans le village, un véritable massacre eut lieu : 17 personnes furent arrêtées, GRESSARD en tua une qui tentait de s’échapper, les autres furent fusillées peu après ».  

A MILLERY, des jeunes gens voulurent rejoindre le maquis, GRESSARD et des miliciens cernèrent leurs maisons.

 L’accusé et VAYEUX interrogèrent et torturèrent les jeunes CATEL, MOREAU, et RENAUD. GRESSARD tua MOREAU ; les deux autres furent également exécutés ainsi que MM. WARZIBOCK père et fils.

GRESSARD mit ensuite le feu à une maison après l’avoir pillée. Le 8 août 1944, GRESSARD, se faisant passer pour un chef de la Résistance, obtint la certitude que Saint Emiland ravitaillait le maquis.

Le 12 août, GRESSARD et des Allemands mirent le feu à 10 maisons,  jetèrent deux cadavres dans les flammes, des maisons furent pillées, 27 personnes arrêtées et  conduites à la prison de Chalon sur Saône. 

GRESSARD participa en outre (avec GROSJEAN) à deux meurtres : celui de M. FOUGEROUSSE le 11 juillet  à Autun et celui du colonel LEVEQUE à son domicile Place du Champs de Mars à Autun aussi le 22 juillet, abattu à travers une porte sous les yeux de sa femme et de sa fille.

Le tueur participa également à des nombreux vols à main armée, notamment à Etang sur Arroux, à Autun et aux Moreaux. 

Il dénonça et fit arrêter MM. GAUDILLIERES, ANDRE, SIMON, le capitaine de gendarmerie du Creusot et son fils, MM. YVERNAT, BOURGOIS, et Mme BERTRAND.  GRESSARD s’est rendu en outre coupable de nombreux autres méfaits, au cours d’interrogatoires à la Gestapo, il frappa des inculpés à coups de cravache et de lanière ; il les tortura parfois jusqu’à la mort. 

Il fut également remarqué à des opérations contre la Résistance, à Buxy, Toulon sur Arroux et Saint Marcel. L’opération de Saint Marcel aboutit à la fin tragique de M. LENEVEU.

Les 15 et 20 août, il fit des rafles à Autun, pour ramasser des bicyclettes. Plusieurs personnes furent en outre arrêtées et déportées en Allemagne dont Lucette BILLARD 19 ans. 

Ajoutons à ce tableau déjà effroyable, que l’on reproche encore à GRESSARD d’être l’auteur de 10 meurtres à Montbéliard. 

L’interrogatoire de GRESSARD sur chacun de ces forfaits provoque le plus souvent une dénégation de sa part.

A l’entendre, en effet, il n’était qu’une victime, qu’un jouet, entre les mains criminelles de Stucklick, qui l’avait littéralement envoûté et qui l’aurait menacé de déportation s’il ne travaillait pas pour lui. 

Il reconnait cependant quelques faits ; la rafle d’Autun, le 15 août les vols d’Etang, Autun et des Moreaux, un meurtre à Charbonnat, Millery (avec une participation presque bénigne de sa part), Saint Emiland (où il s’est trouvé incidemment étant en panne de « pétrolette » et 2 meurtres à Montbéliard. 

L’audition des témoins à charge amène à la barre 30 personnes et parmi elles plusieurs victimes des forfaits de GRESSARD et notamment Mesdames FOUGEROUSSE et CATEL nos malheureuses compatriotes, dont les dépositions sont particulièrement émouvantes. A cette dernière, GRESSARD déclare : « je vous demande pardon mais je n’ai pas tué votre fils ». 

Deux autres déclarent avoir vu à Millery GRESSARD emporter Moreau sur son épaule puis avoir entendu deux coups de feu et vu GRESSARD les manches relevées et pleines de sang. M. DELAVIGNE décrit, comme Madame CATEL, les tortures infligées aux fils CATEL et Mouron. 

Les témoins à décharge sont au nombre de cinq, parmi lesquels M. CHARPILLET, beau-père de GRESSARD et la mère de ce dernier, qui demande pardon aux mères malheureuses. 

M. BUHOT, dans son réquisitoire rend d’abord  hommage aux victimes de GRESSARD (GRESSARD, alors pleure, sans larmes) puis reprend l’accusation (GRESSARD les yeux baissés, pleure silencieusement, regarde ses mains, le Commissaire du Gouvernement, pâlit peu à peu et fait des dénégations de la tête). 

La foule manifeste son indignation à la description des horreurs perpétrées par le jeune bandit. Après avoir donné lecture du rapport d’un médecin psychiatre concluant à l’entière responsabilité de GRESSARD, M. BUHOT conclu à son tour à la seule sanction possible : la mort.   

Me FRICAUDET avocat commis pour la défense de GRESSARD, prononce alors une magistrale plaidoirie au cours de laquelle il dit son étonnement de n’avoir trouvé chez son client aucune des émotions douloureuses  que l’on rencontre chez les grands criminels et aucun remord.

L’avocat évoque fort habilement l’enfance malheureuse de GRESSARD et tente de démontrer le rôle redoutable joué sur lui par Stucklick, qui a vu en GRESSARD un « limier intelligent » dont il s’est servi. 

La cour se retire pour délibérer après lecture faite par le Président, des 38 questions posées au jury. A 17 heures 45, après une demie heure de délibération, le Président donne lecture des réponses, oui à toutes les questions.

En conséquence, GRESSARD  est  condamné à mort. La cour prononce en outre la confiscation de tous ses biens, présents et à venir. 

C’est fini !  La justice vient de rendre son arrêt contre celui qui, pendant des longs mois, a trahi, terrorisé et endeuillé toute une région qui n’avait eu, cependant que la volonté de rester français.               

Cette photo découverte à Autun –par les hommes du groupe Hector- dans la chambre de l’interprète VIBERT qui après s’être enfui en conduisant une auto de la Gestapo, fut exécuté en Alsace par des patriotes. 

Les malheureux que l’on voit enchainés à genoux, avaient été livrés à leurs bourreaux par le tueur GRESSARD, et emmenés au Moulin de Valvron, près d’Autun. Lors de son procès, GRESSARD déclara : …C’est parce que Stücklick me menaçait et qu’il avait une influence inouïe sur moi que j’ai agit ainsi……

GRESSARD, est condamné à la peine capitale. 

« LE PATRIOTE DU MORVAN »  dit dans son édition du 16 mai 1945 

Après avoir entendu la messe et communié, GRESSARD a déclaré à M. BUHOT, commissaire du gouvernement qui l’interrogeait, qu’il prenait la responsabilité de toutes les opérations aux quelles il avait participé, il ajouta « …j’ai été lâche, je ne le serai pas aujourd’hui… »

Il refusa de se laisser bander les yeux et demanda la faveur -qui lui fut refusée- de commander lui-même le peloton d’exécution.  

Le 10 mai 1945  à  5h55 la sentence fut exécutée au stand de Chalon sur Saône. GRESSARD venait d’expié ses crimes monstrueux

Son complice GROSJEAN, était accusé et coupable des mêmes crimes à Germagny, Saint Emiland, Dun-les-Places, Toulon sur Arroux, Anost,  Mellecey,  Ménessaire etc. Lors de son procès il déclara : …J’ai été abusé par la propagande du Maréchal…. Célestin GROSJEAN  fut arrêté en avril 1945 à Mayence (Allemagne) dans un camp Américain où il travaillait. Transféré à la Maison d’Arrêt de Chalon sur Saône dans la nuit du 25 au 26 juin 1945.

Comparu un an plus tard devant le tribunal de la cour de justice de Dijon.  Un témoin de Saint Emiland qui assistait fut formel en disant « Je reconnais celui qui a incendié ma maison »

Le milicien nia en bloc tous les chefs d’accusation que la cour lui reprochait, il ne put cependant empêcher la sentence ultime et fut  condamné à mort le 31 juillet 1946. 

Célestin GROSJEAN a été fusillé au Fort de Sennecey le 9 décembre 1946.  (La gazette Indépendante)  Krüger, Friedrich (chef suprême des SS et de la Police dans le Gouvernement général): serait mort au combat en mai 1945 ou se serait suicidé en Autriche ? 

Un témoignage et un autre chemin.     

Lucette BILLARD, 19 ans en 1944, née le 17 mai 1925 à Autun,  détenue par la Gestapo et la Milice à son domicile rue du Carrouge à Autun dans la nuit du 14 au 15 août 1944 emmenée de force à la Mairie d’Autun puis interrogée par le SS Krüger, tabassée pour la faire parler et expédiée le lendemain à 11 heures à la prison de Chalon, cellule 99 puis dans une chambre commune où elle rencontra quelques femmes et enfants de Saint Emiland détenus depuis le 12 août et qui seront libérés quelques jours plus tard. 

Contrairement au sort des otages de Saint Emiland Lucette fut envoyée en Allemagne, Convoi 456 de Belfort, Lucette BILLARD Matricule Ravensbrück 62956 et Commando Genshagen-Ludwigsfelde 7853. Arrivée au Camp le 4 septembre 1944. Libre le 3 mai 1945. La veille de ses 20 ans. 

Lucette BILLARD nous fait revivre à travers son « MEMOIRE D’UNE DEPORTEE AUTUNOISE » son calvaire, extrêmement  touchant, pendant une année atroce de souffrances et de martyr et il faut le répéter encore, revenue en vie chez elle à Autun, miraculeusement, malgré ses 30 kg de poids, après 300 km à pieds nu dans des bottes trop grandes pour elle, mais qui lui ont sauvé la vie, dit-elle 

De Ravensbrück à Schwerin  de Camp en Camp, de Ferme en Ferme, encadrée par des soldats armés dont leur rôle consistait à tirer un coup de fusil dans la nuque à celui qui ne pouvait plus avancer.

D’une force exceptionnelle, cette femme a survécu malgré les différentes maladies, comme le typhus ou la dysenterie, alors que tant d’autres tombaient sur le chemin pour ne plus jamais se relever. C’est vraiment une femme remarquable, par sa simplicité et par sa force de vivre. Ses parents l’attendaient avec un bouquet de fleurs à son arrivée à la Gare d’Autun le 9 juin 1945 

N’oubliez jamais tous ces hommes et ces femmes qui ont péri là-bas, si loin de leurs êtres chers, morts de froid, de faim, de soif, d’épuisement, de mauvais traitements, de maladies et bien souvent torturés, massacrés ou gazés… 

Ni haine ! Ni oubli ! Mais plus jamais ça.   Nous dit  Lucette QUIGNON-BILLARD 

Elle a reçu la Médaille militaire, la Croix de guerre avec palme et la Légion d’Honneur comme Résistante Déportée. 

  Ils n’étaient pas des objecteurs de conscience, des attentistes, des contestataires révisionnistes qui brament devant les cameras qu’il n’y a pas de « guerre juste ».

Ils ont fait leur Devoir, ont sauvé la Liberté, reconquis leur Patrie et ouvert les portes des camps de la mort de l’Allemagne nazi. Nous nous devons de rappeler ce qu’ils ont fait pour nous et de leur rendre hommage. Sans eux, l’Europe entière et peut-être le monde serait enchaîné.

Ils étaient des Soldats engagés dans une guerre juste, pour une juste cause, celle de la LIBERTE. 

  Le 25 août 1944, le jour même de la Libération de Paris, 60 à 80 soldats allemands ont tué, par balles ou à l’arme blanche, 124 des quelques 500 habitants de Maillé, dont 42 femmes et 44 enfants, avant de bombarder le village.

La veille, un accrochage entre un petit groupe de Résistants et des soldats de la wehrmacht avait eu lieu au nord du village, situé sur un axe ferroviaire stratégique. Nicolas Sarkozy a souhaité « que chaque année, au moment où nous fêtons la libération de Paris, nous ayons une pensée pour Maillé », car « c’est en se souvenant d’événements comme ceux qui se sont produits ici que nos enfants sauront où est leur devoir moral, où est le devoir moral de la France.

 Le village d’Oradour-sur-Glane « ne pourra jamais oublier les atrocités qui ont été commises » par des SS en 1944, a déclaré lundi le maire de la commune, après l’annonce du décès du criminel de guerre nazi Heinz Barth, très impliqué dans ce massacre. Celui que l’on surnommait « 

L’assassin d’Oradour-sur-Glane » est mort à l’âge de 86 ans. L’ancien lieutenant nazi avait été condamné à la prison à vie en 1983 en RDA pour crime de guerre et libéré en juillet 1997, à 76 ans, en raison de son âge, de son état de santé et des regrets qu’il avait exprimés pour ses actes.  

Mais à Oradour-sur-Glane, où 642 civils, dont 247 enfants, avaient péri le 10 juin 1944, on ne pardonne pas cette libération anticipée.

« De tels crimes, ça ne peut pas se pardonner », « il fallait qui paie pour les actes dont il s’est redu coupable », a ajouté le maire de la commune.

« Pour Oradour, son décès ne changera rien par rapport à tous les enfants, les femmes et les hommes qui sont morts », « brûlés vifs » dans l’église ou dans des granges, a déclaré pour sa part Claude Millord, président de l’Association nationale des familles des martyrs d’Oradour-sur-Glane.                                       

Le Président Sarkozy « s’associe à la mémoire des victimes »  Dans un communiqué, l’Elysée indique que Nicolas Sarkozy « s’associe à la mémoire des victimes et à la douleur de leurs descendants » en réaction au décès du criminel de guerre nazi Heinz Barth responsable de 642 civils dont plus de 200 enfants à Oradour-sur-Glane le 10 juin 1944 dans des conditions d’une barbarie et d’une atrocité inouïes, rappelle à la France l’un des épisodes le plus tragiques de son histoire » 

Lettre de l’élève Martrice                                

Loos, le 9 mars 1944 – 14 h. 30. Ma chère Maman ; Tous mes chers Parents,

 A l’heure où vous recevez cette lettre, je ne souffre déjà plus. Un officier allemand est venu nous annoncer que le jugement était confirmé.     

Toutes vos interventions ont malheureusement échoué.     

Je ne doute pas un seul instant que vous avez tenté l’impossible pour me sauver ; il n’y a qu’à s’incliner devant le destin.   Quand j’ai décidé, à l’âge de 13 ans, de m’engager dans les enfants de troupe, déjà je me sentais l’âme d’un soldat.  

J’ai toujours décidé de mourir de cette façon. Aujourd’hui, je suis à deux doigts de la mort et je n’ai même pas peur. J’accepte la volonté de Dieu avec courage.

Dans 2  heures environ, j’aurai rejoint le royaume de Dieu : j’y retrouverai mon cher papa.    

Ma chère maman, je vois d’ici ta peine énorme ; que veux-tu, c’est la volonté de Dieu. Tu as déjà bien souffert dans la vie et après avoir vu ton mari tué à la guerre, c’est ton fils qui s’en va, moins glorieusement peut- être, mais enfin… N’oublie pas que tu as encore Roger et Gisèle à élever, à éduquer.   Peut-être un jour le Bon Dieu te récompensera.

Fais part de la nouvelle à tous mes amis, toutes mes connaissances. Dis à tous, que dans ce que j’ai fait, j’ai cru reconnaître là mon devoir : que je meurs avec la satisfaction du devoir accompli. 

J’admets que je trouve la sentence un peu dure, mais ce sont là les lois de la guerre. 

Il n’y a qu’à s’incliner. Ma chère maman surtout ne me plains pas, pense que je meurs d’une mort qui m’est douce. Tous mes chers parents, je pense à vous dans mes derniers moments.  

Bons baisers à tous. Adieu. Ma chère maman, cher frère, chère sœur, je vous embrasse tous detout cœur.

Adieu. Votre fils qui meurt avec la satisfaction du devoir accompli.        

Martrice 

Quelques instants plus tard, contre un mur du fort de Loos, l’élève Martrice était fusillé par les Allemands 

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